S'il faut lire deux romans, non: textes, d'amour, c'est bien ces deux-là ! Mais comme il faut en lire bien plus, commençons par ces deux découvertes fondamentales.
Laissez-moi de Marcelle Sauvageot est une tornade d'intelligence et de sentiments, en un nombre minimal de pages: un livre comme on en croise peu, très peu, dans sa vie, et c'est une bonne nouvelle: l'extra-ordinaire se dissimule décidément partout. Donc Marcelle Sauvageot a écrit ce "texte" dans les années 30: une sorte de monologue adressé à son amant qui déclare lui "préférer" un mariage avec une autre. Marcelle Sauvageot est malade, part en cure, mourra juste après, et dissèque ici, mais au sens le plus archéologique, creuser sans fin pour enfin tout comprendre et expliquer, sur ce sentiment amoureux qui les unit. Et donc: ça brûle, ça luit, et tout bouge. Ce court texte est une déflagration d'amours, non pas romantique, elle ne crie nullement à l'aide reviens, mais elle dit ce que nous vivons tous et ne savons dire. On lit donc des mots comme de nous, des mots hors de tous les temps et de toutes les histoires, des mots d'une poétesse de l'intelligence, des mots déchirants mais jamais déchirés, car absolument construits et imbriqués. Visiblement ce joyau hors-normes est source de confidentialité depuis plus de 80 ans: eh bien la liaison secrète que j'ai vécu une heure avec lui se hisse aussitôt au rang précieux des inoubliables. Etres humains de toutes les planètes, lisez ceci, puis relisez-le, puis vivez...
Autre découverte majeure, un écrivain danois du début du XXème siècle (ou de la fin du XIXème ??), Hermann Bang avec le magnifique Mikaël, un roman éblouissant sur les amours tendus dans les filets de la passion ravageuse. Autour d'un vieux peintre et d'une petite communauté parisienne de la noblesse, quelques scènes qui s'étirent et s'entrechoquent pour que tout explose. Proustien en diable alors que Proust a pas encore écrit, mais par contre ancré dans le seul présent, car lorsque celui-ci bouscule tout passés et avenirs s'évanouissent, ce roman est réellement la deuxième déflagration de l'amour lue ces derniers temps. Un roman de la destruction, du doute, des oublis et surtout des élans, avec au coeur une société et l'obsession de la peinture: donc: une merveille d'une profondeur tellement vertigineuse qu'on a l'impression, face à cela, de vivre nous aussi une unique passion, comme elles le sont toutes...
Ya pas beaucoup de chansons qui peuvent se hisser au niveau de ces chefs-doeuvre...mais Pierre Lapointe, évidemment...
...car la bibli a enfin réouvert ! Revue rapide j'ai pas trop de temps (car le temps reste électrique, bien chargé aussi, mais ô combien électrique !)
Nous n'irons pas voir Auschwitz de Jérémie Dres réussit à s'inscrire brillamment dans un genre bien balisé, le récit autobiographique se confrontant à l'histoire. Donc, un parisien, suite à la mort de sa grand-mère juive, décide d'aller avec son frère en Pologne, pour y chercher les traces de ce passé dont ils ignorent presque tout. Ils y rencontrent de nombreuses personnes, des jeunes, des rabbins, des responsables d'association, pour finalement voir que les traces sont certes ténus mais aussi existantes. Et puis petit bonheur pour moi, ils passent surtout par Varsovie mon adorée, et par plein d'endroits que j'y ai connus ! Ainsi c'est drôle, instructif, parfois passionnant, souvent troublant, et c'est ce que la BD contemporaine sait souvent bien faire: un écho de l'Histoire et des vies individuelles.
Valentin, d'Yves Pelletier et Pascal Girard, nous vient du Québec, alors c'est bien ! Plus sérieusement, une histoire de couple en apparence toute mignonne, naïve et colorée, avec un chat qui vient perturber le quotidien, et puis finalement c'est l'histoire de la remise en question d'un couple à travers ce chat: donc une alliance tout à fait réussie de quotidien, de douceur, de cruauté, de doutes et d'espoirs, de remise en question, une BD en prise avec la vie dans ce qu'elle a de plus quotidien et de plus romanesque, avec en prime un chat vraiment rigolo !
Nankin de Nicolas Meylaender et Zong Kai revisite crument cet épisode terrifiant de l'histoire chinoise, à travers l'enquête d'un avocat qui recherche les derniers témoins, vieux et peu nombreux, de ce moment. Dans un coloris assez particulier, fond rouge et peu de couleurs, ce sont toutes les horreurs de la guerre qui surgissent, et si on n'est pas chez maître Joe Sacco, cette BD s'avère quand même essentielle.
Les amandes vertes de Delphine et Anaelle Hermans raconte le voyage en Palestine et Israël de la soeur de la dessinatrice, et leurs regards qui se croisent sur ces réalités, tant politiques que quotidiennes voire simplement humaines. Moins profond que la première BD dont je parlais, c'est à nouveau un regard sur le monde à travers le prisme des yeux d'ailleurs.
La bonne surprise vient du Pablo de Clément Oubrerie et Julie Birmant , BD qui avait l'air bien trop traditionnelle pour m'intéresser, et qui s'avère être une vraie réussite: elle évoque dans ces deux premiers tomes les vingt ans de Picasso, lorsqu'il n'est encore pas vraiment un peintre reconnu, pas du tout même, ses années de bohème et ses rencontres géniales avec certaines femmes, puis Max Jacob, puis Apollinaire...et vraiment l'atmosphère de ce début de siècle (1904 je crois) est subtilement rendue, loin des clichées et des lourdeurs de la biographie dessinnée: pétillant, drôle, intéressant, ces deux premiers tomes furent un régal !
L'enfance d'Alan d'Emmanuel Guibert reprend son fameux personnage, ce vieil homme dont il a raconté la guerre, pour donc évoquer son enfance, dans un style graphique très inattendu, très dépouillé, plutôt des images qu'une BD, avec le texte transcrivant les mots d'Allan: une enfance ordinaire et logiquement extraordinaire comme l'est toute enfance, certains passages emplis de l'émotion des traces laissées ou des gouffres ouverts, un livre non-fini (mais infini) puisque Allan est mort avant la fin du projet, mais à nouveau, sur un thème archi-rebattu en BD, c'est une réussite éblouissante, d'une intelligence et d'une profondeur rares.
N'embrassez pas qui vous voudrez de Sandrine Revel et Marzena Sowa est le récit faussement naïf de la situation de la vie sous le communisme, à travers la mésaventure d'un petit garçon accablé de tous les maux parce qu'il a voulu embrasser sa petite voisine au cinéma pendant un film sur Staline. A partir de ce mince canevas, c'est un portrait politique d'une époque qui surgit à travers les yeux des enfants, et l'ensemble est finalement tout à fait agréable et inattendu.
Etat de veille de Davide Revati est une incroyable BD italienne, d'une étrangeté fascinante, là encore proche de l'enfance mais dans une sorte de métaphore poétique aussi belle que perturbante. Où sommes-nous, quand sommes-nous, on ne saura jamais trop, mais des enfants vivent au quotidien, entre disputes, foot et blagues, et des bribes de ces bouts de vie surgissent et repartent. Métaphore de l'enfance ou de la mémoire, je ne sais, mais en tout cas une BD hors du commun, à nulle autre pareille...
Youh, c'est l'été, enfin tout comme, c'est reggae !
- Comment savais-tu qu'à l'instant je dormais, la tête sur tes genoux ?
- Parce que tu m'as réveillée en bougeant dans mon ventre. J'ai compris que j'étais ton cercueil. Es-tu vivant , m'entends-tu bien ?
- Est-ce que cela arrive souvent que je sois tiré d'un rêve par un autre rêve , qui explique le premier ?
- C'est ce qui nous arrive à toi et à moi. Es-tu vivant ?
- A peu près.
- Les démons t'ont fait mal ?
- Je ne sais pas, mais il reste du temps pour mourir.
- Ne meurs pas tout à fait !
- J'essaierai.
- Ne meurs jamais !
- J'essaierai.
- Dis-moi: quand est-ce arrivé ? Je veux dire: quand nous sommes-nous rencontrés ? Quand nous sommes-nous séparés ?
- Il y a treize ans.
- Et nous nous sommes revus souvent ?
- Deux fois. Une fois sous la pluie, et encore une fois sous la pluie. La troisième fois, nous ne nous sommes pas rencontrés. J'ai voyagé, je t'ai oubliée. Je viens de m'en souvenir, je viens de me souvenir que je t'ai oubliée. Je rêvais.
- Moi aussi, c'est pareil. Je rêvais. J'ai eu ton numéro de téléphone par une amie suédoise qui t'a rencontré à Beyrouth. Je te souhaite une bonne nuit. Pense bien à ne pas mourir. Je te désire toujours. Quand tu vivras, à nouveau, je veux que tu me parles. Comme le temps passe vite, treize ans ! Mais non, cela s'est passé cette nuit. Je te souhaite une bonne nuit."
Allez allez, mon ptit gars a une attelle après 6h passées à l'hôpital le pauvre je proteste je suis contre, j'ai plein de livres dont je dois parler mais j'ai pas le temps, j'ai lu quelques BD mais c'est pareil, la bibli réouvre bientôt je vais faire de ces razzia, jvais à Montpellier bientôt voir l'indien Boris, je dois voir Seb et Agnes mais j'ai pas le temps, je veux fumer des joints avec Morgane mais elle doit poser un cadre, ya bientôt le vernissage de l'expo de Lily et ça c'est cool, je dois prendre mes billets pour aller voir les cousins et surtout Ptite cousine avant de m'envoler pour la Bulgarie, j'ai vu Cody Chesnutt en concert hier et les filles elles aiment vraiment la soul music, j'ai reçu de bien jolis SMS, non je ne regarderai pas plus de 11 minutes d'un film grand public, et et et...bientôt j'ai 14 mois de vacances, et ça, tout le monde le sait, c'est la vocation de ma vie professionnelle enfin atteinte !! Ceci dit, je cède cela contre certaines photos, yen a un seul qui comprendra !!
Allez allez vite vite quelques livres trop vite évoqués..
Puisque je n'ai toujours pas lu Le diable tout le temps, je commence par le recueil de nouvelles Knockemstiff, un hallucinant défilés des largués, paumés, cinglés américains profonds (mais très très) de l'Ohio, et plus précisément de cette ville où habite Donald Ray Pollock. Bon eh bien, j'irai pas passer mes vacances là-bas, mais comme matériau littéraire, c'est excellent: les white trash et autres rednecks qui peuplent ce recueil sont tous plus hallucinés et barjos les uns que les autres, c'est une vertigineuse descente dans les bas-fonds, c'est un bon, cet écrivain-là...
Plus léger, plus pop, Pierrot-la-gravité d'Isaka Kotaro est un chouette livre entraînant dans le sillage de Murakami le grand: donc du délire, donc des aventures, donc des dialogues et des situations décalées. Bien sur on reste loin du génie du maître, mais quand même: c'est un livre frais, plaisant, drôle et surprenant. Bonne pioche, même si c'est pas un as.
Autre bonne surprise sur laquelle j'aurais pas parié: un court roman chez Minuit, Ma chère Lise, de de Vincent Almendros. Réécriture sautillante de Lolita ? Ou refonte amusée des amours entre le presque adulte et l'ado plus mature que la norme ? En tout cas, d'un tel cliché (littéraire, hein, dans la vraie vie, c'est quelque chose !!...) ce livre se déprend joliment et livre un récit drôle, piquant, étonnamment décalé, et finalement fort inventif. Une heure, mais vraiment pas pour rien. un petit coup de coeur, je l'avoue avec sourires.
Une fille, qui danse. Ah ! c'est avec ce titre (sublime !) que je découvre Julian Barnes, auteur que j'ai toujours évité gentiment sans grande raison. Qu'en dire ? c'est anglais, bien ficelé, préparez-vous au retournement...mais ça m'a pas transcendé: je crois que j'ai un peu de mal avec les trucs genre attention, il va y avoir une surprise ! Pas détesté du tout, pas adoré non plus, mais je crois que je sais pas lire comme il faut cet auteur !
L'inoubliable d'Eduardo Berti confirme le premier recueil lu: si vous aimez les nouvelles à la Borges ou à la Quiriny, précipitez-vous, c'est plein d'inventions, de torsions de la réalité, d'étonnements.
Vous connaissez Tony Duvert ? Moi non plus. Donc merci à Gilles Sebhan pour Tony Duvert l'enfant silencieux. Donc, fin des années 70, il fut une sorte de proto-Rimbaud du roman, une météorite venue de nulle part, prix Médicis grâce à Roland Barthes (inimaginable au vu de la nullité des prix des vingt dernières années, là c'est un vrai auteur apparemment), et peu après eh bien, il se retire ruiné dans la maison familiale perdue dans la campagne (pas à Langoiran quand même), et plus rien, plus un mot, et vingt ans plus tard il meurt seul et il faut un mois pour que son corps soit découvert décomposé dans la maison...Bigre ! Cette biographie assez poétique lui rend un hommage visiblement mérité, c'est beau à lire, et inutile de dire que ça donne envie de découvrir l'oeuvre de cet homme.
Mon premier roman nigérian est l'oeuvre d'une femme, Chimamanda Ngozi Adichie, ça s'appelle L'hibiscus pourpre, et c'est excellent. Une histoire qui cogne, celle d'une jeune fille et de son frère dans une famille très croyante, pendant un coup d'état. Puis peu à peu, l'affrontement avec le père, la croyance, le monde...Elle l'a écrit très jeune et ça se voit pas: car il y a une fougue à parler de libération, mais aussi des arrachements terribles et des cicatrices que laisse une libération: à mille lieues du manichéisme, un livre fort, va falloir creuser l'oeuvre de cette (très belle) dame. Très très recommandé.
Et enfin quand on est allé à Lisbonne avec ptit gars, j'avais mon roman portugais de service, et bonne pioche encore ! Le bon hiver de Joao Tordo est un thriller très efficace, dans lequel un écrivain bien raté se retrouve embarqué vers la maison d'un producteur de films bien riche, qu'il ne verra jamais puisqu'il arrive...mort. Et hop un huis clos avec plein de mystères, de retournements, un vrai roman noir avec suspense et construction habile: excellente découverte.
Un groupe de filles qui chante des chansons mélancolique ?? Je peux pas pas écouter ! Et aimer !! Aussi essentiel déjà qu'à la grande époque Belle And Sebastian. Vive Daughter...
Et Hop, je rentre ébloui du meilleur concert vu depuis longtemps ! Firewater !
Bien sûr là le son est pourri, mais un groupe capable de produire cet effet sur les filles, c'est un groupe génial, point barre. Ah Boris, que n'étais-tu là ??!!!